Portraits

Maison Réalité : Zoé B***, utilisatrice

mercredi 8 juillet à 15:44

Portrait de Zoé B***

Ou l’artiste aux lunettes roses

Bénéficiaire des services de la Maison Réalité

 

Clac.  La double porte de l’Institut Pierre-Janet se referme sur la dernière hospitalisation de Zoé B*** dans l’aile de la schizophrénie.  Elle trouve dans la poche de son manteau, deux papiers chiffonnés : une prescription de son psychiatre et l’adresse de la Maison Réalité au 10, rue Jeanne d’Arc à Hull.

 

L’accueil est chaleureux et les professionnels au grand cœur qu’elle rencontre ont pour Zoé une attention particulière qui respecte sa personnalité, sa problématique et l’aident à rebâtir son estime de soi et sa confiance en elle qui ont été anéantis par les séjours répétés à l’hôpital.  Elle a besoin de suivi au quotidien, de retrouver son équilibre et puis de faire ses premiers pas dans le monde.

 

ZB : Je me sentais démunie face à la vie et la société, je ne voyais pas mes forces, et les intervenants et les résidents m’ont aidée dans les moments difficiles, à m’ouvrir aux beautés du cœur et de l’âme.  Ils m’ont aidé à reconstruire ma psyché ; bien sûr je devais y mettre du mien, être proactive dans ma guérison, dans mon évolution pour que cela fonctionne.  Ils ont été mes rehausseurs d’ego.

 

Nous étions au milieu des années 90, la zone de la maladie mentale était chargée de préjugés et de silences qui rendaient les gens mal à l’aise.  Mais grâce à la Maison Réalité et au Café Rendez-vous, Zoé réapprend à vivre en société ; toujours, elle se réfère à ces intervenants dans ses moments de crises, ses peines d’amour et aussi pour ses choix professionnels.

 

ZB : La Maison Réalité est un organisme inclusif au centre duquel on se sent partie intégrante de la communauté pour transformer notre quotidien, s’adapter à la réalité des autres tout en respectant ses besoins, ses dons, ses rêves.  J’ai remarqué que comme moi, souvent les gens souffrants de maladie mentale ont des talents latents et les intervenants nous aident à reconstruire nos espoirs en respectant notre rythme.

 

Les résultats positifs et tangibles que sont une carrière comme professeure de français et artiste reconnue, une vie amoureuse saine, une bonne gestion des médicaments sont venus au bout d’années de travail en collaboration avec les intervenants de la Maison Réalité qui ont fait confiance à Zoé.  Par exemple, ils l’ont fait participer et prendre la responsabilité d’ateliers d’écriture créative et d’expositions au Café Rendez-vous.  Maintenant Zoé est une auteure publiée qui fut même invitée au Festival international de poésie de Trois-Rivières et de Montréal.  Elle vit avec son amoureux, respecte son budget, suis une thérapie avec une travailleuse sociale et sourit à la vie.  Toutes les semaines, elle téléphone à la ligne de conseils et d’écoute que la Maison Réalité met à la disposition du public, question de baliser son réel, de se sentir en harmonie et fière de son parcours sans rechute.

 

ZB : Ce qui fait du bien, c’est que les intervenants nous aident à changer nos lunettes, à ajuster sur notre nez celles d’oser s’ouvrir à ses propres besoins et qualités et à ceux du monde qui nous entourent.  Ils sont des réparateurs d’esprit.

 

En me quittant, Zoé remet sur son nez ses lunettes de soleil roses, celles qui l’aident à affronter la réalité sur laquelle elle peint à sa manière, comme sur une toile, les beautés et aussi les angoisses qui l’habitent mais qui ne l’abîment plus comme avant, de ce temps révolu d’avant la Maison Réalité.

 

Propos recueillis par Josué Jude Carrier